Déclaration devant le conseil de guerre, Camiri, Bolivia
Déclaration devant le conseil de guerre, Camiri, Bolivia

La Havane, 1968. « Année du guérillero héroïque ». Instituto del Libro.

Monsieur le Président,

Reprenant la formule que vous venez de lire, je dirai que « le respect dû aux lois et aux autorités » m’oblige précisément à être franc vis à vis de vous ; ce respect ne doit pas être séparé de celui que nous devons tous à la vérité, civils et militaires, juges et accusés, accusés et procureur. La meilleure preuve de respect que je peux vous donner, messieurs les officiers, est de vous dire en face, sur le champ et sans détours, la vérité sur des faits encore peu clairs, la vérité sur les charges formulées contre moi dans l’acte d’accusation, la vérité sur ce que je pense de ce procès. Il vaut mieux que ce soit ainsi, avant votre sentence, plutôt que dans votre dos, d’une manière indirecte ou dissimulée. Autrement il n’y aurait plus de respect mais de la servilité et de l’opportunisme. J’ajouterai une chose : s’il s’agit ici de me condamner à 30 ans de prison comme l’a demandé le procureur, je crois que ce ne sera pas faire preuve de « hauteur », comme on l’a souvent dit ici, que de demander au tribunal militaire de m’écouter 30 minutes, pour une fois au moins.

Je vous dirai tout d’abord que j’ai été surpris par l’intervention, ou l’interruption hier, de l’auditeur de guerre. Celui-ci a interrompu un avocat de la défense parce qu’il quittait le domaine pénal, et il me semble qu’il n’était pas entré dans le domaine politique. Mais je me demande alors pourquoi l’auditeur de guerre n’a pas interrompu le procureur militaire au cours de ses premières réquisitions à la première audience du tribunal, quand celui-ci a lu, avant même les formalités préliminaires, un discours de réunion politique à prétention idéologique attaquant le soi-disant « impérialisme Rouge », expression qui ne figure pas dans le Code Pénal, attaquant Fidel Castro, dont le nom n’apparaît pas une seule fois dans le procès, exposant « la politique de paix et de progrès » du gouvernement actuel, qui n’est pas mentionnée, et à juste raison, dans la procédure d’instruction. H m’a en outre attaqué verbalement, d’une manière grave et sans aucun rapport avec les faits (ces faits auxquels on m’a demandé de me tenir), en me traitant d’assassin, de tueur à gages, de mercenaire vendu à Cuba, etc.

[…]

Cette déclaration a été prononcée en espagnol, en novembre 1967.