Le procès<br>Régis Debray
Le procès
Régis Debray

Extrait de Liberté pour Régis Debray de Jean-Paul Sartre « le crime monstrueux de Régis Debray », publié par le Comité de défense de Régis Debray en juillet 1967.

François Maspero, Cahiers libres nº 111, 1968.

Fin avril 1967, le général Barrientos, président de la république bolivienne, annonçait qu’un Français, nommé Régis Debray, avait été tué dans un engagement, parmi les guérilleros. Quelques jours plus tard, il revenait sur ses déclarations, révélant qu’il n’était pas mort, puis concédait qu’il avait été arrêté en civil et sans armes ; c’était le début d’une suite ininterrompue de contradictions, d’illogismes, de menaces. Un vaste mouvement d’intérêt international devait se développer autour de l’« affaire Debray ». Du même coup, l’opinion publique « découvrait » les luttes et les espoirs de tout un continent, son état d’exploitation et ses tentatives de libération de la tutelle nord-américaine.

Régis Debray s’est affirmé journaliste (il avait déjà été le premier, en 1964, à interviewer Douglas Bravo dans les maquis vénézuéliens) : en ce sens, il faut reconnaître que personne n’a mieux que lui contribué à poser et à faire connaître dans le monde entier, le drame de l’Amérique latine. Il a affirmé aussi sa solidarité avec les guérilleros ; et, là aussi, il a donné à l’action de ceux-ci, aux thèses de Che Guevara « Créer deux, trois, de nombreux Vietnam… », un nouveau retentissement international. Au cours de l’« affaire Debray », seul le principal intéressé n’a jamais eu la parole, sauf au travers d’« interviews » plus ou moins déformants et sujets à caution.

Régis Debray a prononcé lui-même sa plaidoirie à huis-clos. C’est le texte de celle-ci que nous publions ici. Il y a été joint deux lettres, l’une qu’il adressa à ses juges, l’autre à ses amis, ainsi que la plaidoirie de l’avocat d’office bolivien, maître Novillo, et le texte de la sentence.

Les trois textes de Debray sont marqués par le souci de ne pas s’arrêter au côté personnel et « anecdotique » de l’affaire, mais d’en tirer au contraire la leçon politique, dans la perspective d’une lutte qui ne s’est nullement éteinte avec la mort du Che Guevarra. On en retiendra, en outre, l’extraordinaire fermeté, la dignité que doivent reconnaître même ceux qui se disent en désaccord avec ses thèses, de la part d’un homme détenu dans des conditions à faire craindre sa liquidation physique, à l’heure où paraît ce livre.