L’État séducteur
L’État séducteur

les révolutions médiologiques du pouvoir

Gallimard, 1993.

En examinant aujourd’hui cette zone sensible où s’entrecroisent moyens de transmission et formes de gouvernement, on ne fait que prolonger dans le champ politique français ce même fil conducteur qui nous avait servi, à plus petite échelle, pour envisager, dans Le pouvoir intellectuel en France (Folio essais n° 43), l’institution intellectuelle. Ces deux microanalyses se font pendant. Dans tout scribe, disions-nous, il y a un homme d’État. Dans tout Prince, et pour la même raison, il y a un homme de signes. À la fonction nécessairement politique du producteur de symboles, répond la fonction nécessairement symbolique du responsable politique. Quiconque transmet des signes se mêle de gouverner ; quiconque gouverne se mêle de transmissions. Et de même que les sites et les procédures de l’activité intellectuelle se sont déplacés au cours des siècles avec l’évolution des supports et des vecteurs d’idées, ainsi le font les méthodes de l’action publique et les formes de l’État. La vie politique d’une société peut s’interpréter comme la dramatisation de ses techniques, dont la création artistique serait, parallèlement, la « poétisation ».