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Pourquoi Médium,
quand des médias il y a déjà pléthore ?
Pour LUTTER contre les ruptures du temps et des générations.
Pour RENOUER les liens entre les savoirs de l’esprit et les arts
de la main, entre nos nostalgies et nos prospectives,
entre notre culture et nos techniques.
Pour HONORER le souci de transmettre, le plus sûr des remèdes
à notre finitude.
Pour RAPPELER que l’on transmet seulement ce que l’on transforme,
car recevoir sans travailler ne vaut,
et succession rime avec subversion.
Pour SERVIR de point de rencontre entre membres d’un même réseau,
prêts à croiser leurs différences.

R. D.
 

 
LE SIÈCLE DU SMARTPHONE
 
Entrée en scène par Karine Douplitzky
Chacune des apparitions du divin enfant, aujourd’hui âgé de dix ans, est une liturgie, baptisée keynote. Leur enchaînement raconte une histoire sainte, un peu trop simple, celle d’Apple, dont Steve Job aura été l’évangéliste.
Dix ans et quelques mois, voici l’âge mental de ce petit prodige, né à Cupertino le 9 janvier 2007, et baptisé « iPhone » par feu son parrain, Steve Jobs. Force est de constater que ce gamin californien, sans doute protestant de confession, mais élevé sous le signe du syncrétisme, arrive en âge de préparer sa profession de foi : le 12 septembre 2017, sa version X a été présentée au public et consacrée, par la même occasion, plus cher smartphone de l’histoire. Une question se pose : le divin enfant est-il toujours en odeur de sainteté… Et en quoi consiste son culte ?
Karine Douplitzky, ingénieur et cinéaste de formation, s’intéresse aux interactions entre anciens et nouveaux médias. Elle est aujourd’hui doctorante en histoire de l’art à l’université de Berkeley, Californie.
 
Tous rois  par Pierre-Marc de Biasi
Il tient dans le creux de la main. Comme le silex d’homo sapiens, l’outil de notre premier affranchissement. Et comme le sceptre d’homo numericus, qui fait de chaque spécimen un roi avec divertissement. Petite phénoménologie d’un médiateur mi-matériel mispirituel.
Il y a dix ans, le 9 janvier 2007, Steve Jobs, président d’Apple, présente son dernier né : iPhone, premier téléphone cellulaire contenant un navigateur Internet, un iPod et un écran tactile multi-touch. C’est une révolution. Commercialisé en juin, son succès est fulgurant. Depuis, le smartphone (« téléphone intelligent ») a su se rendre indispensable : il nous accompagne partout, on ne l’éteint qu’exceptionnellement, on ne s’en sépare presque jamais. On le garde même en toute occasion à la main, comme pour pouvoir le déverrouiller plus vite en cas de « notification ».
Pierre-Marc de Biasi, écrivain et plasticien, est directeur de recherche émérite au CNRS. Dernier ouvrage paru : L’œuvre comme processus, « Génétique », CNRS éditions, 2017.
 
Une technogenèse  par Jacques Billard
Un miracle ? Oui, mais produit d’une suite de menus et décisifs déplacements. Sous la disruption, une continuité.
Dans l’histoire des sciences et des techniques, le smartphone, n’étant que l’intégration de plusieurs appareils en un, n’est pas vraiment un événement. Techniquement, l’événement, ce serait plutôt la découverte du semi-conducteur ou celle de l’effet transistor.
Pour le grand public, en revanche, c’est une véritable invention, une évolution du téléphone, devenu portable, pouvant faire des photos et bien d’autres choses.
Jacques Billard, philosophe, a été directeur d’études à l’IUFM, maître de conférences à Sciences-Po et à Université Paris I Panthéon-Sorbonne, à Paris. Site : www.jacques-billard.fr
 
Tous pasteurs  par Philippe Guibert
À l’administration catholique de l’information, verticale et centralisée, succède une gestion protestante qui fait de chaque détenteur de smartphone un pasteur. La seconde Réforme de l’Occident ?
Chaque matin que Dieu fait à Washington, Donald John Trump, quarante-cinquième Président des États-Unis, ouvre son smartphone désormais sécurisé, sur lequel figure une seule et unique application : Twitter. Pas d’utilitaires, sur ce mobile connecté de Commandant en chef – on s’en doutait. Mais pas non plus d’applications de médias d’informations. Il est vrai que sa critique de ces pourvoyeurs de fakes news est récurrente, comme celle du politiquement correct, et fondatrice de son style politique. D’ailleurs, ses tweets ne manquent pas de les dénoncer, en même temps qu’ils admonestent ou félicitent collaborateurs ou ministres, institutions ou adversaires, et parfois même des dirigeants étrangers.
Philippe Guibert, ancien directeur du Service d’information du gouvernement, est délégué à l’information et à la communication des ministères sociaux. Livres parus : Descenseur social, 2006, Plon et Téléprésidence, 2012, Plon.
 
Au rythme des algorithmes  par Romain Pigenel
Le smartphone a profané le mystère musical par la mise à disposition, l’accès à la connaissance, le live. Qui sont les nouveaux maîtres de musique ?
Souvenir d’une soirée dans un club pointu de musique électronique parisien, au milieu des années 2000. Le disc jockey passe un morceau qui attire mon attention et dont j’aimerais connaître l’identité. Si mon intention est simple, sa concrétisation ne l’est pas. Car dans l’univers de ces soirées, a contrario des discothèques généralistes et « grand public », une partie non négligeable du travail – et de l’aura – du DJ tient à sa capacité à organiser la rareté de la musique, à un double titre. Rareté des morceaux joués, qu’ils ne soient disponibles que sur un nombre limité de pressages vinyle ou de copies CD, ou mieux encore, en l’unique possession de celui qui les joue. Rareté de l’information disponible – il est du meilleur ton de snober le malheureux clubber qui tenterait sa chance, pour demander au maître de cérémonie le titre du morceau qu’il vient de jouer.
Romain Pigenel est ancien conseiller du président de la République et directeur adjoint en charge du numérique du Service d’Information du Gouvernement, co-fondateur et associé de Futurs, agence de conseil en innovation.
 
Du phone au scope  par Monique Sicard
Nul n’avait anticipé les usages du smartphone. Le nom même de l’appareil témoigne de cette imprévision. Intelligent (smart) sans doute, mais si peu « téléphone », désormais. On fait bien d’autres choses avec un smartphone, à commencer par des selfies.
Nul ne l’a vu venir. Du moins, pas tel quel. Nul auteur de science-fiction n’aurait pu l’inventer. Il y eut, certes, le Tricordeur de Star Trek, ou le Combadge de Starfleet. Le premier possède un détecteur mobile, agrémenté d’un logiciel de diagnostic automatisé, utile en médecine 2.0. Le second, accroché au revers de l’uniforme, – à droite ou à gauche, c’est selon –, ouvre d’un simple tapotement du doigt la communication avec tous les univers. Il y eut encore, dans HG2G de l’écrivain Douglas Adams, l’accès à une immense base de données. Les Dragon radars des mangas japonais captent la position des Dragon balls, grâce à leur switch installé au sommet de leur détecteur. Sont ainsi repérées sur toute la surface de la Terre, sans en exclure le fond des mers, les ondes qu’elles émettent.
Monique Sicard, histoire et philosophie. Membre du comité de rédaction de la revue Médium.
 
Tweeter la guerre  par Antoine Perraud
Tout fiche le camp : la guerre ne se déclare plus dans les formes du casus belli, elle est devenue simple comme un coup de fil et bientôt comme un tweet.
Le président Donald Trump des États-Unis d’Amérique nous paraît en passe de reprendre la besogne là où l’avait laissée Rufus Firefly (Groucho Marx), présidant aux destinées de la Freedonia et qui déclarait la guerre d’une façon aussi incongrue que spectaculaire dans La Soupe aux canards (1933). En une séquence prémonitoire hissant la comédie musicale au rang d’art achevé du lancer d’alerte (« This Country’s Going To War »), les frères Marx passaient en revue les différentes façons d’entrer en belligérance, du gant jeté à la face de l’ennemi au tralala martial effréné qui s’empare d’une nation saisie par la fièvre boutefeu.
Antoine Perraud, journaliste à Médiapart, collabore au supplément littéraire de La Croix.
 
Des ados en quête de visibilité  par Clara Schmelck
Les nouveaux usages du smartphone ont modifié les conditions de la reconnaissance sociale. Chez les ados, les millennials, elle est moins fondée sur les apparences que l’on donne de soi que sur la visibilité mesurée par les réseaux sociaux.
Dans la strate souterraine de la station Châtelet-Les-Halles, des essaims d’ados se traînent comme des centaines d’abeilles fatiguées. La raison d’une telle lenteur ? Tous tiennent leur téléphone dans leur main et commentent de brèves séquences vidéo. Je me glisse parmi une grappe de Millennials, ces jeunes nés avec Internet : « Avez-vous des amis qui n’ont pas de smartphone ? » La proposition paraît antinomique à tous. « Dans notre collège, y a des gens qui n’en n’ont pas, on ne les voit pas ! », me répond la reine du groupe, une jeune fille surélevée par ses baskets blanches supercompensées. « Oui, c’est les cassoss ! » [« cas sociaux », autrement dit les « pauvres », personnes anomales, qui s’écartent des règles, des usages habituels], s’empresse d’expliciter le garçon collé à son épaule pour lire ses snaps [messages instantanés sur snapchat].
Clara Schmelck, journaliste à Intégrales et chroniqueuse radio, est historienne des médias. Puis, formée à l’ENS et au CFPJ, elle prépare un essai sur la philosophie des nouveaux médias.
 
Le code des émotions  par Christian Cavaillé
Avec le smartphone, nos émotions ont trouvé leur langage : la gamme des émoticônes. Un paradoxe de plus, propre à l’hypermodernité : le retour du pictogramme dans l’univers alphabétique.
Comme chacun peut l’apprendre ou plutôt s’en informer en consultant l’encyclopédie en ligne Wikipédia (j’abrège donc), une émoticône (d’un mot valise formé avec « émotion » et « icône »), quand elle n’orne pas un tee-shirt, figure schématiquement une émotion parmi d’autres représentées par d’autres émoticônes. Fixes ou animées, elles émaillent nombre de messages du courrier électronique. Leur nom initial, smiley en anglais, désigne un cercle jaune avec deux points noirs pour les yeux, et pour la bouche un trait recourbé vers le haut à ses deux extrémités, soit un visage souriant (la longueur de cette dernière phrase rend sensible la puissance abréviative d’une émoticône).
Christian Cavaillé, ancien professeur de philosophie, a publié divers ouvrages de philosophie et de poésie ainsi que des articles de revue, notamment dans Médium.
 
Le temps digital de l’entreprise  par Catherine Malaval
Être « moderne », de nos jours, c’est être démodé. Ringardisé. Postmoderne ne vaut guère mieux. Comment alors une entreprise peut-elle être de son temps et même un peu en avance, et surtout durer ?
Au début du XXe siècle, à l’ère de la révolution industrielle, les entreprises s’affirmaient modernes. Être moderne était un positionnement, une revendication résumée dans le Larousse de l’époque par l’idée d’un progrès triomphant : « La marche du genre humain vers la perfection. » Une « promesse de bonheur » si l’on invoque Stendhal. Au détour d’une rue, on croise encore les fières enseignes de ces carrosseries et biscuiteries dites modernes. Les quatre âges de la main, de l’outil, de la machine et de l’intelligence artificielle qui peuvent définir les différentes révolutions industrielles s’inscrivent encore dans ce grand récit de la modernité.
Catherine Malaval est historienne. Dernier ouvrage paru : Quentin Spohn, Lapis Niger, La Nouvelle École Française, 2017.
 
Le temps brisé  par Régis Debray
Changement de siècle, changement de tempo. La mutation numérique, sensible dans nos façons de vivre et de sentir le présent, se reflète aussi dans notre appréhension du passé, comme en témoigne un ouvrage d’histoire à succès : L’Histoire mondiale de la France.
On ne saurait s’étonner qu’une vieille nation comme la France ne passe pas, inaltérée, sans coup férir, du téléphone à cadran au smartphone à clavier, de l’Encyclopedia universalis à Wikipédia, du disque en vinyle au MP3 et à la clé USB, de l’analogique au digital. Les contrecoups ou hiatus dus à l’équipement numérique sont dans le journal. Au forum, les réseaux supplantent les idéologies ; les groupies, les militants et au large, les hackers, les pirates ; à la Bourse, le trader, le courtier ; à l’Assemblée, le jeune manager, le vieux crabe ; à la table des thésards, l’écran multifenêtres, les fiches cartonnées.
Régis Debray, derniers livres parus : Le nouveau pouvoir, les éditions du Cerf, 2017 et Civilisation. Comment nous sommes devenus américains, Gallimard, 2017.
 
Mauvaise humeur par Michel Erman
Le smartphone a engendré de nouveaux comportements. Entre autres, la phobie du smartphone : propos d’un réfractaire.
Le smartphone ne sert pas tant à téléphoner qu’à faire bien d’autres choses n’ayant rien à voir avec une conversation privée. Ses diverses fonctionnalités interviennent dans nos vies pour en régir ou en modifier le cours, un peu à la manière du parasite selon Michel Serres. Parfois sans que nous en ayons conscience, à l’instar de l’application « santé » qui compte nos pas, et ne compte pas en rester là ! Sinon à quoi servirait-elle ? Sédentaire le monsieur, risques cardiovasculaires accrus, il va falloir passer à la caisse, lui dira un jour de big data sa mutuelle de santé préférée.
Michel Erman est écrivain.
 
Humain, trop humain  par Paul Soriano
Le mot « digital » change de sens de part et d’autre d’un écran de smartphone. Côté usager, il désigne les doigts, de l’autre côté, il signifie numérique. Cherchez l’erreur… Il est temps que l’homme cesse de parasiter la technique.
Autrefois, les machines étaient capables de se révolter à leur manière en opposant une « panne » à l’usager, dès lors furieux et prompt à injurier, brutaliser l’esclave rétif mais incapable de verbaliser sa révolte. Aujourd’hui, les machines atteignent l’âge de raison. À quoi pensent les robots ?
Paul Soriano est rédacteur en chef de la revue Médium.
 
Hommage à Louise Merzeau et Robert Damien
 
Louise Merzeau (1963-2017), professeure en sciences de l’information et de la communication, a été secrétaire de rédaction puis rédactrice en chef des Cahiers de Médiologie et était membre de notre Comité de lecture. Elle a co-dirigé Wikipédia, objet scientifique non identifié, en 2015.
 
Robert Damien (1949-2017) était philosophe, professeur des universités à Nanterre. Son dernier livre publié est Éloge de l’autorité. Généalogie d’une (dé)raison politique, « Le temps des idées », Armand Colin, 2013. Médiologue de la première heure, Robert était membre de notre Comité de lecture.
 
Notre famille médiologique vient de subir, coup sur coup, deux pertes sensibles, qui la touchent au coeur. Ont pris congé, physiquement, et donc provisoirement, Louise Merzeau et Robert Damien. Nous attachaient à eux, au jour le jour, des sentiments d’affection individuelle, mais leur prise de distance nous donne à mesurer ce par quoi ils nous enrichissaient, et ce que nous leur devons tous.
Le Comité de lecture de la revue Médium.
 
 
En vente au numéro ou par abonnement :
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Librairies partenaires :
  Annecy   Librairie Imaginaire   48 bis, rue de la Poste  
  Bourges   Librairie la Poterne   41, rue Moyenne  
  Bordeaux   Librairie Mollat   15, rue Vital-Carles  
  Lyon   Librairie Passages   11, rue de Brest  
  Paris   Librairie Delamain   155, rue Saint-Honoré, Ier  
      Librairie Harmattan-Tekhné   7, rue des Carmes, Ve  
      La Procure   3, rue de Mézières, VIe  
      Librairie Gallimard   15, bld. Raspail, VIIe  
      Librairie Erasmus   52, rue Bichat, Xe  
      Le Divan   203, rue de la Convention, XVe  
      Librairie de Paris   9, place de Clichy, XVIIe  
  Strasbourg   Librairie Kléber   1, rue des Francs-Bourgeois  
  Toulouse   Ombres Blanches   50, rue Gambetta  
 
Directeur : Régis Debray
 
Rédacteur en chef : Paul Soriano
 
Secrétariat de rédaction : Isabelle Debray
 
Comité de lecture :
Pierre-Marc de Biasi, Catherine Bertho-Lavenir, Jacques Billard, Daniel Bougnoux, Pierre Chédeville, Jean-Yves Chevalier, Robert Damien (décédé), Karine Douplitzky, Robert Dumas, Pierre d’Huy, Michel Erman, Françoise Gaillard, François-Bernard Huyghe, Jacques Lecarme, Hélène Maurel-Indart, Michel Melot, Louise Merzeau (décédée), Antoine Perraud, Alain Pinault, France Renucci, Clara Schmelck, Monique Sicard.
 
Avis aux amateurs

Les éditions du CNRS

ont publié

le 15 octobre 2009

une anthologie

(illustrée, 800 pages)

des Cahiers de Médiologie

(1996-2004)

dans toutes les bonnes librairies

ou sur le site des éditions du CNRS

 

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 PRINCIPES, une sélection d’articles
 INTERVENTIONS, une sélection d’articles
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